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Manœuvres marketing et fausses promesses

15/12/2022
Les trailers actuels nous disent-ils toute la vérité ?

Tout cinéphile connaît cette impression tout à fait désagréable. Ce sentiment d’avoir été floué par une bande annonce fallacieuse, laissant présupposer d’une intrigue tout autre que celle défilant devant sa cornée. Combien de spectateurs, friands de biscoteaux démesurés et de grosses cylindrées, sont allés voir Drive - Nicolas Winding Refn, 2011 -  en s’imaginant haleter devant une resucée indé de Fast and Furious ? Plus facile de vendre des truands et de la mécanique rutilante, que la psychologie complexe d’un anti héros mutique et la subtilité d’une mise en scène toute en langueur. Une entourloupe de plus en plus pratiquée par les studios, prêts à tout pour attirer le chaland en ces temps difficiles. Les crapules n’hésitent plus à sérieusement rectifier le portrait des œuvres produites dans des bandes annonces métamorphosées en joli spots de pub équivoques à souhait, à installer bien en évidence en tête de gondole du consumérisme cinématographique. Une technique du malentendu en quelque sorte, visant à empiler une suite de gimmicks capillotractés, aseptisés, ou évocateurs d’une œuvre ayant précédemment cassé la baraque, mais définitivement hors sujet. 

 

 

Et les exemples ne manquent pas ces dernières semaines. 

C’est ainsi que ce syndicat du crime cinéphilique a réussi à faire passer le dernier Luca Guadagnino, – Call Me By Your Name, 2017 – Bones And All, pour un road trip amoureux teenage et un peu borderline, sans jamais aborder frontalement un petit détail : les deux protagonistes sont juste... un tout petit peu cannibales. She Said - Maria Schrader, 2022 - prend des allures de Spotlight - Tom McCarthy, 2015 - du mouvement #MeToo, White Noise - Noah Baumbach, 2022 - joue les Little Miss Sunshine - Valerie Faris, Jonathan Dayton, 2006 - de l’Apocalypse, et Armageddon Time -  James Gray, 2022 - serait, semble-t-il, dans la lignée du Green Book de Peter Farrelly - 2018. 

Spoiler alert : pas du tout. Circulez, il n’y a pas beaucoup à voir entre tous les long-métrages parallèlement précités. Le plus triste dans tout cela est probablement que toutes ces créations récentes n’ont peut-être rien à envier aux films qui les ont précédés, mais en induisant une fausse idée, en contant fleurette aux potentiels spectateurs de ces dernières, les studios les sacrifient tout bonnement sur l’autel de la critique populaire, ne rendant service ni aux spectateurs, ni – et certainement pas – aux films. Mais pourquoi ?

 

 

Pour générer des entrées – ou des abonnements streaming - sans doute. En ripolinant Bones And All en rom com que très très très subtilement cannibale, les studios s’assurent que la fan base majoritairement féminine et à peine pubère de son acteur principal se voit plus facilement octroyé le sésame de l’accord parental pour les éventuelles sorties entre – nombreuses - copines au cinéma. Vous l’entendez le bruit du tiroir caisse vous aussi ?

 

 

 

En promettant aux spectateurs, à la manière d’un implacable algorithme, un profil type de scénario déjà éprouvé, les distributeurs semblent ne pas accorder le moindre crédit à des individus considérés comme une bande de demeurés prognathes à l’intellect trop engourdis par le monde moderne pour ingérer la réelle teneur scénaristique d’un long métrage inédit. Que le teasing d’un film soit pertinent ou non importe peu, lorsque l’on s’adresse aux réflexes reptiliens d’une masse formatée d’humanoïdes en mort cérébrale. Un brin condescendant vous ne trouvez pas ? Ces réclames pour simili succès passés fabulent et font du plat aux cinéphiles en leur promettant un film qui n’existe pas. Quand elles ne divulgâchent pas carrément tous les meilleurs passages du film en question…

Un grand classique du cinéma de genre – horrifique ou comique - : les trailers qui en montrent beaucoup trop, dilapidant vannes truculentes et jumps scares glaçants en l’espace de quelques minutes trépidantes, rendant inéluctable une grosse impression de déjà vu dès la scène d’ouverture. Mais enfin, qu’est-il advenu de l’art de la suggestion ? – honnête la suggestion s’il vous plaît !

Évidemment qu’il ne doit pas être évident de trouver la formule parfaite, permettant d’offrir aux films une vitrine alléchante, sans trop en révéler, et sans succomber aux platitudes marketing. Mais pas impossible, puisque cela a été fait avec brio par le passé : 

 

 

Seule manière de siffler la fin de ce jeu de dupes éhonté : se passer de bandes annonces, tout simplement. Faire confiance à la vision d’un réalisateur, d’acteurs dont vous aimez généralement le travail, se fier à un simple synopsis, à la rumeur de contentement cinéphile, voire même, avec prudence, à la critique… Et surtout, voir des choses variées, surprenantes, différentes.

Bonne séance...

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