Le mois dernier, cinq de nos experts donnaient leur point de vue perspicace sur les idées toutes faites qui circulent abondamment dans le milieu hifi. La suite aujourd'hui, avec la contribution des protagonistes d'HIFI Brive – Hifidylle, d'HIFI Lyon, d'HIFI Paris 3 – L'Auditorium Parisien, d'HIFI Thonon et d'HIFI Lausanne, sur des sujets aussi divers que la qualité des fichiers audio, le placement des enceintes, ou encore les câblage des systèmes. Bonne lecture.
Idée reçue #6 : « Il faut absolument avoir la même fabricant pour toute sa chaîne. »
par HIFI Brive
Il est en réalité assez difficile de réaliser un système complet signé par un seul et même fabricant dans la mesure où peu de fabricants sont présents sur l'ensemble des composantes un système. Les fabricants sont majoritairement spécialisés, en conception d'enceintes pour certains, d'autres dans les électroniques, et parfois dans les platines vinyles - un segment à part entière du milieu hifi. Il est donc assez complexe d'aboutir à un système entièrement composé par le même fabricant.
Mais est-ce réellement une nécessité ? Je ne pense pas, dans la mesure où le fait de « métisser » son système, de mélanger marques et électroniques, est le propre de la hifi. Si ce mixage peut faire perdre un petit peu d'unité en termes de design, voire de fonctionnalités - car parfois les éléments d'une même marque peuvent proposer des modes de fonctionnement propres à la marque amenant une certaine praticité au système (simplification d'utilisation en synchronisant tous les éléments de la chaîne, comme le MOONLink chez MOON par exemple) - c'est aussi un plaisir de brancher des appareils issus de têtes très différentes entre eux, de profiter des atouts de chacun, de trouver la parfaite combinaison. Le métissage est une richesse quel que soit le domaine.
C'est finalement aussi ce qui fait tout l'intérêt de la hifi : prendre le temps de chercher les associations qui correspondent le mieux à ses attentes, à ses goûts et à son environnement d'écoute. Chaque marque ayant sa propre philosophie et ses propres points forts, mélanger les fabricants permet de composer un système véritablement personnel, plutôt que de simplement reproduire un ensemble pensé comme un tout par une seule marque. C'est cette recherche de la bonne association, et le plaisir de trouver la combinaison qui fonctionne, qui fait aussi partie du plaisir de la hifi.
Idée reçue #7 : « Le placement des enceintes n'a pas beaucoup d'importance. »
par HIFI Thonon
On pense souvent que la qualité d'un système stéréo dépend avant tout du prix des enceintes ou de l'amplificateur. En réalité, l'endroit où on les installe et celui où l'on s’assoit comptent tout autant. Deux enceintes excellentes, mal placées, peuvent sonner moins bien qu'un modèle modeste mais correctement positionné.
La stéréo repose sur une illusion : à partir de deux sources sonores, notre cerveau reconstruit une scène avec des instruments qui prennent place entre les enceintes. Pour que cette image se forme, l'auditeur et les deux enceintes doivent idéalement former un triangle équilatéral, avec des enceintes légèrement tournées vers la position d'écoute et les tweeters à hauteur d'oreilles. Un placement asymétrique, ou trop proche d'un mur d'un côté seulement, déséquilibre l'image et brouille sa perception.
Pourquoi le placement des enceintes et de l'auditeur change tout
Placer ses enceintes, c'est choisir comment elles dialoguent avec la pièce. Les travaux de Floyd Toole, responsable de la recherche chez Harman, ont montré que nous n'entendons pas seulement le son direct de l'enceinte, mais aussi ses réflexions sur les murs, le sol et le plafond. Bien que les préférences sonores soient propre à chacun, elles ont montré que les enceintes les plus appréciées par les auditeurs sont celles dont la réponse en fréquence reste homogène, non seulement face à elles, mais aussi sur les côtés : ce qui arrive par réflexion ressemble alors au son direct et ne le dénature pas. Personne ne vit dans une pièce chambre anechoïque et certains fabricants, comme JBL, Arcam ou encore Monitor Audio, conçoivent leurs enceintes en ayant conscience de tout ces éléments.
Indépendamment de la directivité des enceintes, les basses, elles, sont très sensibles à l'emplacement. Rapprocher une enceinte d'un mur ou d'un angle peut renforcer ces fréquences, voire les rendre trop présentes. Quelques dizaines de centimètres de déplacement suffisent souvent à obtenir un son plus net, plus précis et plus naturel, sans rien dépenser.
Le point d'écoute
Reste un élément que l'on oublie trop souvent : le placement de l'auditeur lui-même. Faites l’essai à la maison : lancez un morceau de musique des votre système hi-fi et déplacez vous dans la pièce. À certains endroits, les basses sont omniprésentes ; quelques mètres plus loin, elles semblent avoir disparu. Proche d’une paroi murale, elles peuvent même sembler 2 à 3 fois plus fortes ! Une différence de hauteur d'assise ou un déplacement de quelques dizaines de centimètres du point d'écoute peut non seulement modifier la perception des graves mais aussi redonner de la clarté à l’ensemble du spectre sonore.
L'idéal est donc de traiter les enceintes et la position d'écoute comme un ensemble : on ajuste l'un, on teste l'autre, puis on recommence. Ce jeu d'essais, qui coûte seulement un peu de temps, est souvent la meilleure amélioration possible d'une installation.
Nous avons évoqué ici uniquement l’écoute stéréophonique. Dans une installation home cinéma qui comprend au minimum 6 enceintes (incluant le caisson de basse), l’importance du placement de chaque élément prend alors une autre ampleur !
Idée reçue #8 : « Plus un fichier est lourd, meilleur il sonne. »
par HIFI Lyon
Alors dans la pratique, c'est vrai, car un fichier lourd est un fichier qui n'est pas passé sous le rouleau compresseur, c'est à dire qu'il n'y a pas de compression de données sur le fichier. En format DSD notamment, les fichiers pèsent très lourd. Un exemple très parlant : l'album Wish You Were Here des Pink Floyd que j'ai dans ma bibliothèque musicale pèse 1.83 Go, alors que la version numérisé du CD fait 650 Mo, et en MP3 (un format très compressé) il pèse à peine 65 Mo. Cependant il ne faut pas que le poids d'un fichier soit l'argument principal de sa bonne qualité ou non. La qualité de l’enregistrement et du mixage en studio sont également des données très importantes. Un album raté sur la prise de son restera mauvais, même avec la qualité de résolution la plus haute.
Cependant, le minimum syndical pour profiter d'une écoute décente reste d'oublier les formats MP3 et AAC, qui sont assez catastrophiques en termes qualitatifs, et de privilégier le format FLAC (compression sans pertes), voir plutôt les fichiers WAV (sans compression) lors de la numérisation d'un CD audio par exemple. En effet, MP3 et AAC suppriment définitivement les fréquences sonores jugées inaudibles par l'oreille humaine. Sur du matériel audio de haute qualité, le son manque de dynamique et de clarté par rapport aux formats sans perte pré-cités. Et si les fichiers FLAC sont significativement plus légers que leurs homologues WAV, ils sont en effet bien plus lourds que d'autres formats moins puristes, et demeurent le choix de prédilection des audiophiles. À bon entendeur...
Il faut donc plutôt voir le poids d'un fichier comme une conséquence de sa résolution et de son mode de compression, et non comme une garantie absolue de qualité. Un fichier Hi-Res ou DSD peut contenir beaucoup plus d'informations qu'un fichier compressé, mais encore faut-il que ces informations soient issues d'un bon enregistrement et que le matériel soit capable de les restituer correctement. Comme souvent en hifi, le résultat final dépend donc de toute la chaîne, de l'enregistrement jusqu'aux enceintes, et pas uniquement d'un chiffre affiché dans les propriétés du fichier.
Idée reçue #9 : « Un câble secteur peut transformer un système. »
par HIFI Lausanne
L’électricité est la colonne vertébrale de votre système Hi-Fi ! Eh oui, tout commence par là : le courant électrique ! On parle souvent de la qualité des enceintes, des amplificateurs ou encore des sources musicales. Mais on oublie parfois un élément essentiel : l'alimentation électrique de notre système.
Imaginez une Ferrari sur une route complètement défoncée. Même avec le meilleur moteur du monde, difficile d'en exploiter pleinement les performances ! Pour votre système Hi-Fi, c'est un peu la même philosophie : la qualité de l'alimentation électrique mérite toute notre attention. De la prise murale au câble secteur, en passant par la barrette de distribution et les connexions aux différents appareils, chaque élément mérite d'être considéré.
Chez HIFI Lausanne, nous allons même plus loin en proposant, lorsque l'installation le permet, des lignes électriques dédiées à la Hi-Fi, afin de mieux isoler son alimentation des autres équipements de la maison ou de l'appartement.
L'objectif ? Offrir à votre installation les meilleures conditions de fonctionnement possibles.
Mon conseil pour conclure ?
Faites des essais, comparez, écoutez… Vous pourriez être surpris ! Car en haute-fidélité, rien ne remplace l'expérience d’écoute.
Idée reçue #10 : "Un fichier Hi-Res est-il forcément meilleur qu'un CD"
par HIFI Paris 3
Voila une question beaucoup plus compliquée qu'il n'y parait. Le bon vieux CD qui nous accompagne depuis environ 40 ans était le fruit d'une collaboration entre Philips et SONY. Mis sur le marché en 83/84, il a réellement explosé vers 1990. Il est aujourd'hui le support qui paye le plus lourd tribu au streaming, surtout depuis l'émergence des plateformes en Hi-Res .
Sur le plan technique, le format audio non compressé du CD utilise une résolution de 16bits et une fréquence d’échantillonnage de 44.1 kHz. Les meilleures plateformes, comme Qobuz et Tidal, diffusent un format audio en FLAC qui peut aller du 16/44 jusqu’au 24/192. Et c'est là que commence les ennuis ! Et que se pose cette question : un format plein est il meilleur ou moins bon qu'un signal compressé, mais en haute résolution ?
Le 24 bits (par rapport au standard CD 16 bits) apporte principalement une plage dynamique plus étendue et un seuil de bruit de fond beaucoup plus bas. Le 16 bits offre 96 dB de plage dynamique, tandis que le 24 bits monte à 144 dB. Cela permet de capturer les sons extrêmement faibles comme les sons très forts avec beaucoup plus de précision. Cela permet aussi un confort d'édition et de traitement, car en studio, manipuler, compresser ou augmenter le volume des pistes en 24 bits génère beaucoup moins d'altérations et de distorsions qu'en 16 bits. Une fréquence d’échantillonnage plus élevée est censée apporter plus d'harmoniques et un côté plus proche du son analogique car plus fidèle avec un ressenti libéré de la numérisation.
Sur le papier, un fichier Hi-Res devrait donc se révéler techniquement meilleur que le CD.
La vérité est qu'il l'est, si l'on considère un fichier Hi-Res acheté en non compressé (sur Qobuz). Et sur un système audiophile, c'est de loin la meilleure façon d'écouter la musique, et cela rivalise même avec le vinyle. Mais il faut savoir que le streaming, même en Hi-Res, est basé sur du FLAC (Free Lossless Audio Codec) qui est, rappelons le, un format audio de compression sans perte qui réduit la taille des fichiers audio de 30 % à 70 % par rapport à un format non compressé (WAV ou AIFF) soit disant sans sacrifier aucune donnée de l'enregistrement original.
C'est là que la réponse à la question initiale s'avère plus difficile que prévu, car peu d'auditeurs achètent de la musique dématérialisée. De manière générale, la majorité des auditeurs streament et entendent du FLAC en Hi-Res, et pourront en effet avoir la surprise de constater la supériorité d'un format non-compressé comme le CD lors d'une écoute chez un ami bien équipé. À cela s'ajoute, pour compliquer un peu plus le débat, tout ce qui concerne les remasterisations… Mais cela pourrait largement faire l'objet d'un dossier entier sur le sujet !